L’arrivée sur Mars : la Plaine des Sables
Tout commence bien avant de lacer ses chaussures de randonnée. Pour moi, le moment le plus impressionnant du voyage reste l’arrivée sur le plateau en voiture. Dès que l’on franchit le col pour descendre vers la Plaine des Sables, le choc est total. On se croirait sur Mars ; la planète Terre, c’est terminé, on a l’impression d’avoir pris une fusée pendant la nuit. C’est un désert de terre rouge à perte de vue, parsemé de cratères anciens qui semblent figés pour l’éternité.
Sur cette piste, on doit rouler très doucement, mais c’est presque un avantage : cela nous oblige à en prendre plein les yeux. On traverse ce paysage lunaire, fasciné par les nuances d’ocre et de noir, jusqu’au Pas de Bellecombe-Jacob, le point de départ de l’aventure. C’est ici que l’on réalise la démesure de l’Enclos Fouqué qui s’étend sous nos pieds.
L’ascension : un défi mental et minéral
Pour réussir cette randonnée, le secret est de partir très tôt le matin. Nous avons démarré dès que le soleil s’est levé. Pourquoi ? D’abord pour éviter la chaleur qui peut devenir écrasante sur cette roche noire qui absorbe les rayons, mais aussi pour s’offrir une montée plus tranquille, sans la foule qui arrive généralement plus tard.
Je vais être très honnête avec vous : je n’ai pas trouvé la montée en elle-même passionnante. Contrairement à d’autres randonnées réunionnaises comme le Maïdo ou Mafate, où le paysage change à chaque détour, ici, le décor est extrêmement répétitif. On ne voit que de la terre rouge et des cailloux volcaniques. On tourne autour du volcan pour atteindre le sommet et, pour être tout à fait franche, l’intérêt visuel est limité durant l’effort. C’est une marche monotone, très minérale, qui demande de l’endurance plus que de la contemplation. Heureusement, plus on prend de l’altitude, plus la vue sur l’Enclos s’étend derrière nous, nous rappelant le chemin parcouru.
Le sommet : la récompense au bord du cratère
Au bout de l’effort, l’arrivée en haut remet tout en perspective. Le cratère du Piton est tellement grand qu’il en est vertigineux. C’est un spectacle très chouette et vraiment gratifiant. Se tenir là, au bord de ce gouffre immense, nous fait oublier la monotonie de la montée. C’est un moment exceptionnel où l’on se sent privilégié de pouvoir observer de si près les entrailles de la terre.
Nous en avons profité pour faire une pause pique-nique bien méritée, suivie d’une petite sieste au sommet. Dormir sur un volcan actif, bercé par le silence des hauteurs, est une expérience que je n’oublierai jamais. Au total, la randonnée nous a pris entre 5h30 et 6h pour l’aller-retour, en prenant vraiment notre temps et en multipliant les pauses photos. C’est un immanquable de la Réunion, même si je persiste à dire que ce n’est pas la randonnée la plus « jolie » en termes de diversité de paysages. C’est avant tout une expérience symbolique et géologique.
Sécurité et respect des sentiers : les règles d’or
Marcher sur un volcan actif impose de respecter scrupuleusement les consignes de sécurité des autorités locales. Le sentier qui mène au cratère est balisé par des marques de peinture blanche très rapprochées, et ce n’est pas un hasard : sur la roche volcanique, en cas de brouillard soudain (ce qui arrive très souvent), on perd tout repère en quelques secondes. Il est formellement interdit de s’écarter de ce balisage, car le sol peut être instable. Sous la croûte de lave en apparence solide, il peut exister des tunnels de lave fragiles ou des fissures invisibles qui risquent de s’effondrer sous votre poids.
De plus, l’accès à l’Enclos est strictement réglementé par la préfecture de La Réunion. En cas de signes d’éruption ou de sismicité inhabituelle détectés par l’Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise (OVPF), l’accès au site est immédiatement fermé par arrêté préfectoral. Avant de prendre la route, je vous conseille donc de toujours vérifier l’état d’ouverture du sentier sur le site officiel de la préfecture ou de l’ONF. Enfin, n’oubliez pas que vous êtes dans le cœur du Parc National : chaque caillou volcanique doit rester à sa place pour préserver cet écosystème unique et fragile.
Mes conseils pour une première ascension
Si c’est votre première fois, ne sous-estimez pas le volcan. L’environnement y est rude et changeant. Pour ma part, je prévois d’y retourner en mai prochain, mais cette fois-ci, j’aimerais tenter la montée de nuit pour voir le lever du soleil depuis le sommet. Cela doit être encore plus magique et permet d’éviter totalement la chaleur de la journée.
À ne pas oublier dans votre sac :
• De l’eau en quantité : Il n’y a aucun point d’ombre sur le parcours, la déshydratation arrive vite.
• Crème solaire et chapeau : Même s’il fait frais, le soleil tape très fort avec la réverbération de la roche.
• Un pull : Si vous démarrez tôt le matin ou de nuit, les températures sont très basses au parking et au sommet. Il faut bien se couvrir.
• Un K-way : La météo peut basculer en quelques minutes sur le volcan, la pluie et le brouillard s’invitent souvent sans prévenir.
En résumé, faites-le pour le symbole, pour la vue incroyable sur le cratère et pour cette sensation unique de rouler sur une autre planète en arrivant. C’est une aventure qui demande de l’énergie, mais qui laisse des souvenirs impérissables.





